Cet article présente une analyse approfondie du projet des potagers scolaires en Bolivie, initié en 1986 par les clubs UNESCO en France avec la Radio rurale San Gabriel et les communautés Aymara de l’Altiplano autour du lac Titicaca. Les clubs UNESCO sont des associations locales affiliées à la Commission nationale française pour l’UNESCO, dont le rôle est de promouvoir les valeurs de paix, d’éducation, de culture et de développement durable à travers divers projets de solidarité internationale. Initialement conçu pour renforcer la visibilité et la communication en 1984-85, ce projet a rapidement évolué sous l’impulsion de Benoît et Catherine Thierry en 1986 puis de leurs successeurs, devenant un véritable exemple de développement communautaire durable et intégré, soulignant l’importance cruciale d’une écoute attentive des communautés et d’un accompagnement adapté aux réalités locales.

À ses débuts, l’opération « 100 potagers scolaires pour la Bolivie » privilégiait davantage les aspects communicationnels que les dimensions techniques et opérationnelles. Ainsi les potagers devaient permettre aux élèves d’apprendre les techniques maraichères et la productions utilisées dans les cantines scolaires. Ce qui en faisait un objectif ambitieux en terme de maintenance à l’année et de capacité de production pour nourrir toute une école. Une fois sur le terrain, Benoît et Catherine ont constaté cet important décalage entre les objectifs initiaux et la réalité locale. Cette prise de conscience a conduit à une réorientation profonde du projet vers une approche davantage centrée sur les besoins exprimés par les communautés locales et les conditions spécifiques du terrain, ainsi qu’une refonte institutionnelle du programme.

L’approche technique s’est ainsi adaptée aux spécificités climatiques de l’Altiplano bolivien, caractérisé par de grandes variations de température jour-nuit. Les grandes serres initialement prévues ont été réduites à des serres tunnels plus adaptés aux budgets familiaux, complétées par des méthodes innovantes telles que les cultures protégées par des murs et une diversification des légumes : par exemples les légumes-racines plus résistants au froid que les légumes feuilles sujet au gel nocturne de la saison sèche.

Un facteur essentiel du succès du projet a été la reconnaissance et la valorisation des connaissances agricoles locales, particulièrement celles des communautés aymaras. Ces populations, pratiquant l’agriculture depuis des siècles, maîtrisent des techniques diversifiées permettant d’assurer une production minimale face à des conditions climatiques extrêmes. Cette expertise traditionnelle, notamment dans la culture de multiples variétés de pommes de terre, a servi de base solide à l’adaptation du maraîchage scolaire aux conditions locales.

Sur le plan institutionnel, l’absence initiale de structure locale dédiée au projet a été comblée grâce à la création en 1986 de l’ONG Suma Mankrani (« bon appétit » en aymara), sous l’impulsion de Benoît Thierry et Catherine et avec l’appui de l’équipe technique de la Radio San Gabriel. Cette nouvelle organisation locale s’est structuré rapidement et a joué un rôle déterminant dans la pérennisation de l’initiative, permettant le recrutement de techniciens locaux, la gestion opérationnelle efficace du projet et l’extension à de nombreuses écoles rurales. Le soutien complémentaire d’émissions spéciales de la radio rurale Saint-Gabriel, diffusant en langues locales et jouissant d’une forte audience rurale, a été un atout précieux pour renforcer la sensibilisation et l’adoption des nouvelles pratiques agricoles.

Au fil des années, Suma Mankrani s’est progressivement orientée vers une approche intégrée de développement communautaire. Elle a élargi ses champs d’intervention pour répondre aux besoins essentiels des populations locales, notamment dans les zones minières désaffectées et en crise, touchant à la santé, à la nutrition et à l’amélioration des conditions de vie des familles.

Grâce aux financements initiaux des clubs UNESCO en France et au soutien de l’ambassade de France, l’ONG a rapidement pu diversifier ses sources de financement, notamment auprès de l’Union Européenne, permettant ainsi une croissance soutenue et une expansion géographique et sectorielle considérable pendant près de 20 ans.

En conclusion, le projet des potagers scolaires en Bolivie illustre brillamment comment une initiative à vocation initialement médiatique peut évoluer en un moteur concret et durable du développement communautaire. L’écoute active des communautés locales, l’adaptation pragmatique aux réalités du terrain, la valorisation des savoir-faire traditionnels, la structuration locale solide et une diversification réussie des sources de financement constituent autant de clés explicatives du succès remarquable de cette initiative. L’expérience de Suma Mankrani, active pendant près de deux décennies, constitue un témoignage fort en faveur d’une approche pragmatique et visionnaire des projets de développement communautaire tout en maintenant un réseau de communication et de gestion des savoirs localement

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